Le projet

Porté par une équipe de chercheurs de l’université Paris Nanterre et de l’université Paris 8, ce programme de recherche interdisciplinaire se propose d’interroger la construction et l’histoire, à l’échelle européenne, d’une catégorie historiographique dont la pertinence fait débat depuis le XIXe siècle et dont les usages variés révèlent des enjeux idéologiques et culturels majeurs. Fruit d’une collaboration entre plusieurs centres de recherche de littérature française, d’histoire, d’études romanes, anglophones et germaniques, il s’inscrit dans la troisième thématique prioritaire de l’université Paris Lumières, à savoir « Création, d’hier à demain : arts, patrimoine, humanités ». L’équipe est composée d’historiens, de linguistes et de littéraires médiévistes et seiziémistes, néo-latinistes, italianisants, anglicistes, germanistes et hispanistes ; elle intègre des doctorants et de jeunes docteurs des deux universités.

Coordination : Véronique Ferrer – Jean-Louis Fournel.

Objectifs

Suivant une approche interdisciplinaire et comparatiste très peu menée jusqu’à présent, l’objectif du projet est de repenser la catégorie historiographique de renaissance à partir d’une contextualisation historique (du Moyen Âge à nos jours) aussi bien que géographique (espace européen élargi) et à partir d’une enquête lexicographique polyglotte sur un corpus de textes théoriques modernes et de textes sources en français, en latin, en anglais, en italien, en espagnol et en allemand.

Réflexion sur les mots de la renaissance

Il s’agit d’abord de mener une enquête lexicographique à partir d’un corpus de textes critiques et de sources. Nous reviendrons notamment aux auteurs de ces âges dits « renaissants », à dessein de dresser la liste des termes qu’ils utilisent pour décrire les temps nouveaux, et d’identifier le spectre sémantique du mot « renaissance ». Comment le renouvellement vécu est-il formulé ? De quelle manière le rapport entre tradition et nouveauté, entre passé et modernité, est-il envisagé ? Quels sens donner à l’emploi récurrent du préfixe «re-», entre retour, recommencement, continuité et rupture ? Comment les œuvres, à travers le travail de la langue et des formes, illustrent-elles ou inventent-elles cet idéal de nouveauté ?

Réflexion sur les usages et les enjeux de la notion

Conjointement à cette approche lexicale et sémantique, il s’agit de mettre en lumière les conditions historiques et sociales qui accompagnent l’émergence de la notion, puis de s’intéresser à ses usages depuis le XIXe siècle. Comment les sociétés, les institutions et les disciplines universitaires se la réapproprient-elles suivant les pays et les régimes politiques ? Que nous apprend-elle sur les modes de transmission des savoirs et de l’histoire ? Quels sont les enjeux idéologiques et les effets de cette construction théorique sur les champs disciplinaires et la conception de l’histoire ? Comment passe-t-on du nom commun (renaissance) au nom propre (la Renaissance) puis, dans un second temps, selon un processus qui mêle une relativisation et un éclatement de la notion, du singulier au pluriel (les renaissances) ? On réfléchira en particulier sur les fondements de la création assez récente de la catégorie de « early modern », permettant de rendre obsolète et d’écarter celle de Renaissance. On s’intéressera aussi à l’émergence, plus ancienne, de catégories critiques : « contre-renaissance », « anti-renaissance », « pseudo-renaissance » notamment dans le domaine de l’histoire de l’art et de la littérature comparée. C’est en confrontant la catégorie historiographique aux faits et aux mots de l’histoire, à leur vie propre et à leur évolution, qu’on sera alors à même de définir, voire de « requalifier » la catégorie de « renaissance », et de repenser, le cas échéant, l’articulation entre Moyen Age et XVIe siècle en termes de continuité et de seuils, loin des enjeux segmentés, disciplinaires et parfois corporatistes.

 

État de la question

Le terme de Renaissance, avec sa majuscule, est une invention du XIXe siècle : Jules Michelet, puis Jacob Burckhardt, l’utilisent pour circonscrire une période historique allant de Christophe Colomb à Galilée pour le premier, de Giotto à Michel-Ange pour le second. Jean-Jacques Ampère, dans son Histoire littéraire avant le XIIe siècle (1839-1840), recense, pour sa part, « trois renaissances » : la renaissance carolingienne des VIIIe et IXe siècles, la renaissance du XIIe siècle, enfin la “grande” Renaissance qui, en Italie, commence aux XIIIe et XIVe siècles et dans le reste de l’Europe triomphe aux XVe et XVIe siècles.

 

Les travaux fondamentaux de C.-H. Haskins insistent tout particulièrement sur la renaissance du XIIe siècle. Quant à Jacques Le Goff, il pousse la réflexion plus loin en étendant ce champ chronologique jusqu’à l’aube du XIXe siècle : « Les Renaissances sont précisément caractéristiques de la période qui va de l’Antiquité au moment où la modernité a été pleinement assumée – le milieu du XIXe siècle. […] Loin de marquer la fin du Moyen Âge, la Renaissance – les Renaissances – est un phénomène caractéristique d’une longue période médiévale, d’un Moyen Âge toujours en quête d’une autorité dans le passé, d’un âge d’or en arrière » (« Pour un long Moyen Age », L’Imaginaire médiéval). Depuis, les historiens médiévistes ont étoffé la liste en parlant à l’occasion de renaissance isidorienne au VIIe siècle ou encore de renaissance du XIIIe siècle. Le terme est sollicité pour décrire des ensembles historiques marqués non seulement par un renouveau culturel, intellectuel et artistique (renovatio), mais aussi par des réformes politiques, sociales et religieuses (reformatio), qui prônent un retour aux origines supposées de la civilisation et/ou de l’Église (restauratio). Il interfère ainsi avec des notions employées pour définir leur rapport avec les cultures du passé et les dispositifs qui sont susceptibles d’en rendre compte, telles la translatio (imperii et studii) et l’imitatio. Celles-ci fondent la possibilité d’un comparatisme spatio-temporel essentiel à la fois pour les contemporains et pour notre projet.

 

En même temps que le terme devient assez vite un outil critique largement partagé, et que la bibliographie historiographique s’accroît, la catégorie se fragilise : on lui ôte ou non sa majuscule, on met en question sa validité, sa pertinence, son intérêt, ou bien on cherche à se le réapproprier ou à le réhabiliter, comme le révèlent les dernières parutions. D’un siècle à l’autre, la renaissance constitue un outil polémique, dont la mobilité et la flexibilité épistémologiques, les enjeux idéologiques et la charge symbolique font une curiosité scientifique à interroger, au-delà de l’axe bilatéral France-Italie et au-delà d’une prise de position binaire entre rejet et célébration.

 

 

 

 

 

Membres

Équipe

Laboratoires

Partenaires

 

Université Paris Nanterre

  • Mathilde Bernard, Littérature française XVIe-XVIIe siècle

  • Nadia Cernogora, Littérature française XVIe siècle

  • Marianne Cojannot, Histoire de l’art XVIIe siècle

  • Franck Collard, Histoire médiévale

  • Véronique Ferrer, Littérature française XVIe siècle

  • Mathieu de La Gorce, Littérature française XVIe siècle

  • Emmanuelle Mortgat-Longuet, Littérature française du XVIIe siècle

  • Philippe Rabaté, Littérature et histoire espagnoles XVIe-XVIIe siècle

  • Laetitia Sansonetti, Littérature anglaise XVIe-XVIIe siècle et traduction

  • Florence Tanniou, Littérature française Moyen Âge

Université Paris 8

  • Stéfanie Buchenau, Histoire et philosophie allemande XVIIIe siècle

  • Françoise Crémoux, Histoire religieuse et littérature espagnole XVe-XVIIe siècle

  • Jean-Louis Fournel, Histoire et culture de la renaissance italienne XVe-XVIIe siècle

  • Christopher Lucken, Littérature française Moyen Âge

  • Corinne Manchio, Histoire et littérature italiennes

  • Christine Marguet, Littérature et histoire du Siècle d’or XVIe-XVIIe siècle

  • Mireille Séguy, Littérature française Moyen Âge

Laboratoires de l’Université Paris Lumières (UPL)

 

 

Partenaires internationaux

  • Allemagne : Université de Göttingen (Daniele Maira)

  • Belgique : Université de Louvain-La-Neuve (Gilles Lecuppre)

  • Espagne : Université de Madrid (Complutense, Ana Vian)

  • Grande-Bretagne : Université de Warwick (Ingrid de Smet et David Lines)

  • Italie : Université de Vérone (Rosanna Gorris, Gruppo di studio sul cinquecento francese) Université de Naples Frédéric II (Gian Carlo Alfano et Andrea Mazzuchi)

  • Suisse : Université de Lausanne, Estelle Doudet.

Partenaires nationaux

  • LECEMO – Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle (Matteo Residori)

  • CEMA (Centre d’Etudes du Moyen Âge) – Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle (Catherine Croizy-Naquet)

  • COMOD – ENS de Lyon (Pierre Girard)

  • Étude et éditions de textes médiévaux – Sorbonne Université (Jean-René Valette)

Doctorants et jeunes docteurs

  • Eric Claver Akaffou, Littérature française du XVIe siècle (Paris Nanterre)

  • Valeria Averoldi, Littérature franco-italienne XVIe siècle ( Paris Nanterre / Vérone)

  • Marine Champetier de Ribes, Littérature française du XVIe siècle (Paris Nanterre)

  • Luca Ferraro, (Paris 8 / Université Frédéric II de Naples)

  • Elodie Pinel, Littérature du Moyen Âge (Paris Nanterre)

  • Mathilde Perez, Littérature française du XVIe siècle (Paris Nanterre)

  • Andrea Salvo Rossi (Paris 8 / Université Frédéric II de Naples)

 

 

 

 

 

Contact

Organisation: renaissances.upl@gmail.com

Responsables du site web: Eric Akaffou et Mathieu de La Gorce

 

Retour en haut